Si vous l'aviez connu

Si vous aviez connu
Ce qu'on nomma longtemps
Le doux pays de France
Le soir, flânait la rue
Ne craignant que le temps
Le coeur plein d'insouciance
Et s'y l'on y peinait
De travaux durs parfois
Une part de son labeur
Revenait au laboureur
De sa foi, de ses doigts
Chacun tirait respect.
L'oisif, chantait l'Inter
Ira loger ailleurs.
A la sueur de ton front,
Nous disait-on en chaire,
Tu gagneras pain et beurre.
Qui s'en dédit : cochon !
On y laissait sa clef
Sous chaque paillasson
Dans chaque ville et village
Hormis quelque tension
Pour des idées, des âges
Chacun vivait en paix.
Qu'on fréquentât la messe
Ou les clubs de Moscou,
Voler était un crime,
Agresser pire que tout.
Qu'une femme en soit victime :
Impensable bassesse !
Ce pays qu'on veut tuer
Vivait ainsi hier
Chacun en était fier
Et l'on s'y défendait.
L'homme y vivait debout,
Et rendait coup pour coup.
Et vingt ans ont suffi
A ce que l'on oublie
Qu'il en fallut deux mille
A construire ce pays.
Qui reviendrait d'exil
En aurait la nausée :
Les bourgeois de Calais
En ont remis les clefs
Sans le moindre combat.
Ce pays fut livré
Par sa peur d'exister
Et d'être fier de son droit
Ils oeuvrèrent à cela,
Salissant notre Histoire,
Vomissant nos ancêtres,
Par pages enseignées,
Et tombereaux de médias
Sous couverts de mémoire.
Isaac de Barbanègre