Polygraphe menteur
Les méfaits du polygraphe dénoncés par des scientifiques américains.

Le détecteur de mensonge, le polygraphe, utilisé dans l’administration américaine pour détecter les espions, les criminels, les drogués, les tricheurs de tout genre est un menteur.
Ainsi peut-on résumer le rapport d’une commission de l’Académie des sciences des États-Unis qui, après une enquête de vingt-neuf mois, vient de conclure que cette machine est « intrinsèquement capable de fournir des résultats erronés »
Dans un pays où un million de citoyens passent chaque année sur le fauteuil chargé de mesurer leur bonne ou mauvaise foi avant de signer un contrat d’embauche, sans compter les interrogatoires pratiqués par la CIA et le FBI, on mesure l’effet que les conclusions des scientifiques pourraient avoir. Des milliers de gens se sont vus refuser un emploi, ou en ont été chassés sous l’empire de ce « lie detector ». Il y a peut-être des innocents en prison, dont les aveux ont été soumis à la pression de cette inquisition technologique.
L’enquête de l’Académie des sciences a été lancée à la suite des accusations portées début 2001 contre un chercheur d’origine chinoise, Wen Ho Lee, accusé de fournir des secrets puisés dans les laboratoires chargés de la mise au point d’armes nucléaires de Los Alamos à New Mexico.
Exaspéré de voir ses spécialistes licenciés ou constamment suspectés, et sous le coup des protestations, le ministère de l’Énergie a fini par faire appel à l’Académie des sciences avec le résultat que l’on connaît maintenant.
Le FBI voulait faire passer sous ses électrodes, 13 000 employés de Los Alamos. 868 seulement y furent contraints.
Combien de salariés loyaux ont pu être jugés comme des menteurs, tandis que trop de menaces à la sécurité ont pu ne pas être détectées, écrivent les dix-sept chercheurs de l’Académie des sciences qui ont mené l’enquête.
Kathrin Laskeyn, membre de l’équipe, professeur de la George Mason University, souligne « qu’aucun espion n’a jamais été découvert avec l’utilisation du polygraphe ». La Fédération des scientifiques américains avait déjà fait observer de son côté que la manie de la sécurité a transformé les laboratoires en forteresse, ce qui ne crée pas un environnement favorable à l’innovation.
Plus pervers encore, selon l’académie, les responsables peuvent avoir un sentiment de sécurité totalement infondé sur des personnes qui ont passé les tests avec succès.
Les espions particulièrement sont entraînés à maîtriser leurs émotions. La machine ne relève aucune anomalie dans leur comportement : battements cardiaques, tension, gestes de nervosité. Ils restent zen.
Pour dire justement la vérité, il y a longtemps que l’incapacité, de cette technique a été signalée, dénoncée par les scientifiques, les juristes, des élus...
En 1998, la Cour suprême avait rappelé que seul un jury peut détecter le mensonge. « Par nature, avait-elle statué, la preuve par le polygraphe peut diminuer le rôle du jury dans la recherche la crédibilité... l’aura d’infaillibilité entourant le polygraphe peut conduire les jurés à abandonner leur devoir de s’assurer de la crédibilité et de la culpabilité ».
La condamnation sans appel par l’Académie des sciences sera-t-elle cette fois entendue. Deux sénateurs de New Mexico, un démocrate et un républicain, ont demandé l’interdiction de cet instrument de chasse aux sorcières. Mais les réactions de la CIA et du FBI et même du ministère de l’Énergie qui annoncent qu’ils vont étudier les conclusions de l’enquête, et donc continuer à utiliser le détecteur menteur laissent encore du champ à l’obsession sécuritaire.
Jacques Coubard
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Le Polygraphe a été inventé en 1921 par un étudiant canadien en médecine, J.A. Larson.
La Cour suprême du Canada a jugé inadmissible la preuve par polygraphe en matière criminelle.
En 1978, un jugement de la Cour suprême du Canada a considère les résultats du détecteur de mensonge peu fiable, car dépendants de l’interprétation personnelle du polygraphiste.
La même année, 32 polygraphistes travaillaient pour la Gendarmerie royale du Canada…
Si le polygraphe est si efficace, pourquoi certains gouvernements utilisent-il la torture ?
L’on se pose plutôt maintenant la question de savoir à quelles conditions peut être soumise à un examen psychique violant son intimité une personne que la loi présume innocente.